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Garde du corps

Publié le par Nours

Garde du corps

Un coffre qui s'ouvre et le brouhaha devient murmure, et le murmure devient silence. Un bébé qui pleure, le froissement des tissus plastifiés de l'hiver, les gravillons qui crissent sous les souliers qui se regroupent. Les gens sont venus nombreux. Ca fait chaud au cœur dans ce froid de février.

Ce n'est pas le genre de chose qui se décide à l'avance. Ici, c'est la campagne, les gens sont simples. On en parle juste avant, quelques mots, et puis voilà. Nous sommes quatre, tous cousins à des degrés divers. Les hommes de la famille. Je suis derrière, à droite.

Ma main glacée se pose sur la poignée en métal. Le poids est surprenant, ma main me fait mal et j'ai peur de m'affaisser mais je tiens bon. Je sais que les trois autres vivent la même chose mais aucun de nous ne flanchera. Nous avançons lentement au milieu des gens, silence glacé. Le bruit des souliers sur les gravillons, encore.

Pendant que nous remontons tout doucement l'allée, entre les bancs cirés, je repense à son bleu de travail et ses bottes noires, son ceinturon en cuir tressé à la main dans une ferme d'Allemagne, son béret noir et son tabac gris, ses bâtons pour guider les vaches et sa pierre à aiguiser qui dépasse de la poche. Je repense à sa gentillesse, ses rires, sa façon unique de parler. Je repense à ses yeux bleus, si clairs, si doux, en contraste avec sa force et sa résistance. 3000 kilomètres à pied pour aller en Tchécoslovaquie, et sa condition physique de paysan qui l'avait sauvé. 5 ans en Allemagne dans une ferme qui avait pris soin de lui et avec qui il était resté en contact le restant de ses jours. Une ferme que je me suis toujours représentée comme celle de La vache et le prisonnier. La perte de sa dernière fille, à 32 ans dans un petit studio parisien et l'hiver qui s'abat sur leurs vies. Et mes multiples vacances où il veillait sur moi de loin, et me transmettait des choses impalpables et sans en avoir l'air.

Lui qui était si discret, la foule est maintenant impressionnante. Je suis fier d'être là, pour lui et avec lui, juste à coté. C'était mon papi Pierre. Papi, pour les intimes.

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jacques 26/04/2015 06:41

Un hommage touchant d'un petit garçon devenu grand et la scène décrite de façon parfaite qui nous laisse partager un petit peu, beaucoup, l'émotion.

Nours 26/04/2015 09:11

Le pire c'est que je n'ai même pas de photos de mon papi... Tiens, je vais demander à mes parents...

Beaulieu 02/03/2015 22:28

Je sais pas ou vous contacter (je vous tutoie, notez). Ma démarche est racoleuse ? Vous me fatiguez. Tous. À l'avenir abstenez-vous de commenter, j'en ai marre de vos réflexions. Je fais ma part et rien d'autre. Vous trouvez ça racoleur ?
Triste monde.
Formule de politesse
Baptiste

Nours 02/03/2015 22:50

Ecrire sur le web, c'est désirer être lu. Laisser les gens libres de commenter, c'est accepter qu'ils expriment une opinion, qu'elle vous plaise ou non. Si vous ne souhaitez avoir que des commentaires vous félicitant, allant dans votre sens, dites le dès le départ.
Je suis surpris par votre réaction, je n'ai fait qu'exprimer un point de vue, sans agressivité. Jusqu'ici j'aimais bien vos messages, j'avais même mis un lien vers votre blog. Mais ce dernier m'a déplu sur sa forme et j'ai eu envie de l'exprimer. Etait-ce interdit ?
J'aurais pu prendre un ton plus cassant ou même sarcastique, je suis resté soft. C'est trop facile de vous poser en victime et de mépriser l'avis des gens. Du reste, je n'ai pas à assumer que des commentaires d'autres bloggeurs vous aient déplu avant le mien. Pour quelqu'un qui écrit sur le web, je vous trouve peu démocratique. Que vous ayez effacé mon commentaire m'a fortement déçu. Comme vous dites... triste monde.
Au revoir Mr Beaulieu, je ne retournerai pas sur votre blog.

photodilettante 28/02/2015 07:28

bonjour, je te réponds par ici : j'ai un 650 D canon et un 100mm macro canon et un tamron 18/270. peu de matériel en fait.. mon tamron est à changer car il ne fait plus de mise au point automatique et pour une prise de loin ça craint, je vais acheter le dernier tamron.. je suis peu équipée, je marche plus à l'émotion.. bon week avec tes filles.

Nours 28/02/2015 09:03

Heu... la photo de Noir et Blanc n'a pas été faite avec un BlackBerry :-)
Possible même qu'elle ait été faite avec le Zenit.

Nours 28/02/2015 08:59

J'aime beaucoup le rendu de tes photos en tout cas. De mon coté, excepté celle de Garde du corps qui a été faite avec un appareil numérique basique, mais non moins vrai appareil photo, toutes les photos de mon blog ont été réalisées avec un... BlackBerry...
Je sais, c'est le fast food de la photo...
Dans une autre vie, j'utilisais un argentique hérité de mon père qui ne s'en servait plus, un Zenit... mais ça, c'était avant.

Jackie 27/02/2015 14:33

Très émouvant…Je ne sais trop que dire les mots ont faibles dans ces moments là..
La photo n'a telle pas été prise sur l'Aubrac ?
A bientôt

Nours 27/02/2015 20:08

La photo a été prise dans les environs de Laguiole. Elle n'est pas le reflet du paysage où a vécu mon grand père (dans les vertes contrées du sud du Cantal) mais de son humilité et de sa solidité.
Merci...

photodilettante 24/02/2015 08:10

c'est très touchant.. le lien familial est fort...navrée de te savoir dans la peine..

Nours 24/02/2015 08:13

Rassure toi, cela s'est passé en 2008. Ceci dit, c'est toujours présent dans mon esprit avec la même intensité...
Merci.